Marquis Armand Tuffin de La Rouërie dit Colonel Armand
La Bataille de Yorktown
« Qu'on me permette la satisfaction d'exprimer les obligations que nous avons au colonel Armand, au capitaine Legouge, au chevalier de Fontevieux et au capitaine Bedkin, officier de son corps, qui, combattant à cette occasion comme volontaires, ont marché à la tête de la colonne de droite et, entrant parmi les premiers dans la redoute, ont contribué par l'exemple de leur vaillance au succès de l'entreprise. »
Cantonnements à Charlottesville et York
« Six de mes officiers sont prisonniers. J'ai demandé à l'amiral de Grasse, qui détient les prisonniers ennemis, de faire un échange. Il me dit qu'il est bien d'accord mais qu'il ne peut le faire sans le vôtre et celui du comte de Rochambeau. »
François Jean de Chastellux écrit ainsi dans les notes de ses voyages :
« Le seul étranger qui nous visita pendant notre séjour à Monticello fut le colonel Armand. [...] On sait qu'il passa en France l'année dernière avec le colonel Laurens ; il en est revenu assez tôt pour se trouver au siège de Yorktown, où il a marché comme volontaire à l'attaque des redoutes. L'objet de son voyage était d'acheter en France un habillement et un équipement complet pour une légion, qu'il avait déjà commandée mais qui avait été détruite dans les campagnes du Sud, et qu'il fallait former de nouveau. Il en a fait l'avance au Congrès, qui s'est engagé à fournir les hommes et les chevaux. Charlottesville, petite ville naissante, située dans une vallée à deux lieues de Monticello, est le quartier qu'on a assigné pour l'assemblement de cette légion »
« Je m'y rendis avec M. Jefferson et je trouvai la légion sous les armes. Elle doit être composée de deux cents chevaux et de cent cinquante hommes d'infanterie. La cavalerie était presque complète et assez bien montée ; l'infanterie était encore très faible, mais le tout était bien habillé, bien armé, et avait très bon air. Je dînais chez le colonel Armand avec tous les officiers de son régiment et avec son loup ; car il s'est amusé à élever un loup qui a maintenant dix mois, et qui est aussi familier, aussi doux et aussi gai qu'un jeune chien ; il ne quitte pas son maître, et il a même le privilège de partager son lit »
« 9 octobre. Nous arrivons à Winchester. Les habitants ne nous aiment pas. Le capitaine Bedkin se bagarre avec quelques-uns d'entre eux à la taverne.
28 octobre. Nous offrons un bal aux habitants pour les inciter à nous procurer nos quartiers d'hiver. Ils refusent. Des tracas s'ensuivent.
11 décembre. Le général Morgan vient nous voir. Combat d'exercice, puis bal.
15 décembre. Le colonel Armand et le major Schaffner jouent et perdent gros.
22 décembre. Nous arrivons à Frederickstown. Le colonel Armand se bat en duel avec M. Snikers, un Virginien.
25 décembre. Enfin York. Personne ne veut de moi avec tous mes soldats malades. Le capitaine Sharp et le lieutenant Riedel se battent en duel. »
Promotion au grade de Général
« Mon cher Monsieur,
J'ai le plaisir de vous annoncer votre promotion au grade de brigadier général au service des États-Unis d'Amérique et de vous envoyer ci-inclus votre commission.
Permettez-moi de vous féliciter pour cet événement et pour les circonstances très honorables dans lesquelles votre mérite et vos services vous ont procuré cette promotion.
J'ai seulement à me plaindre que ce témoignage de la confiance que le Congrès met dans votre intelligence, dans votre zèle et votre bravoure ait été différé comme il l'a été réellement pendant quelque temps par les affaires urgentes et importantes qui l'ont occupé.
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute estime, mon cher Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur. »
La fin de la guerre
« Il est impossible d'exprimer cette scène de tristesse, les officiers et les soldats en larmes, venant tous me trouver pour dire leur chagrin de la séparation ; même les hommes qui avaient encouru des punitions demandant à leurs officiers de leur pardonner ; et toute la troupe me jurant de me retrouver si jamais on avait à nouveau besoin de nos services dans ce pays… »
« Mon cher Marquis,
Parmi les dernières actions de ma vie comme homme public, il n'y en a point qui me donne plus de plaisir que celle qui me met à portée de reconnaître les secours que j'ai reçus de la part de ces hommes honorables que j'ai eu l'honneur de commander et dont les démarches et la conduite ont tant contribué à la sûreté et à la liberté de mon pays.
Je ne puis m'empêcher, en vous mettant au nombre de ces braves guerriers, de reconnaître que je vous dois les remerciements les plus vifs et les plus sincères pour le grand zèle, l'intelligence et la bravoure que vous avez rendus et où vous vous êtes si fort distingué.
Il m'est impossible de vous rappeler dans cet instant toutes les circonstances particulières dans lesquelles vous vous êtes signalé.
Votre conduite à l'action de Short Hills où, sur quatre-vingts hommes, vous en avez eu trente de tués et où vous avez sauvé une pièce d'artillerie qui, sans votre grand courage, aurait été prise par l'ennemi ; votre conduite à la Tête-d'Elk où vous commandiez l'arrière-garde dans la retraite ; votre conduite dans les actions de Brandywine et de White Marsh, et surtout lorsque vous étiez sous le commandement de La Fayette et que, second par le commandement, avec la milice et quelques chasseurs vous attaquâtes avec succès l'arrière-garde de lord Cornwallis ; votre conduite, dis-je, dans ces circonstances, en vous faisant un honneur infini, a été d'un avantage singulier pour le pays.
Mais, parmi tous les services que vous avez rendus, toutes les actions que vous avez faite, il ne faut pas que j'oublie le beau coup de partisan que vous fîtes en Westchester où, avec toute l'adresse et la bravoure d'un officier partisan consommé, vous suprîtes un major et quelques soldats de l'ennemi dans des quartiers à une distance considérable de leurs piquets et les amenâtes sans la perte d'un seul homme de votre côté.
Quoique je n'aie pas eu l'occasion d'être témoin de votre conduite en 1780 où vous vous trouviez au sud, les détails que j'en ai reçus n'ont pas diminué l'opinion que j'avais de vous auparavant ; et l'année d'ensuite, je vous eus une obligation particulière pour la conduite courageuse que vous montrâtes en devenant volontaire et en allant sous ce caractère à la tête de la colonne attaquer et livrer l'assaut à la redoute de Yorktown.
Pendant que je vous donne ce dernier témoignage public de mon approbation et de mon contentement, je vous prie de croire que rien ne me donnerait plus de satisfaction que d'avoir en mon pouvoir de vous donner des preuves plus solides de l'amitié et de l'estime avec lesquelles j'ai l'honneur d'être, mon cher Marquis, votre très humble et très obéissant serviteur. »